Pourquoi la BCE veut tuer le billet de 500 euros

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Le billet de 500 euros est mort. Enfin presque ! Au grand dam des Allemands, qui adorent payer cash, y compris leurs gros achats, la Banque centrale européenne (BCE) vient de décider d’arrêter la production de la plus grosse coupure émise en euros. Et les mises en circulations s’arrêteront dès que le stock en possession de la BCE sera écoulé.

Peu de billets mais beaucoup d’argent

Bien sûr, cela ne signe pas la mort immédiate du billet de 500 ! Il conservera sa valeur et continuera de s’échanger, même si le stock diminuera au fil du temps, à mesure que les billets seront échangés auprès de la banque centrale. Nombre d’Européens n’en ont sans doute jamais eu entre les mains, mais ce fameux billet représente une partie importante de la monnaie fiduciaire en Europe. Les quelque 594 millions de billets de 500 € qui étaient en circulation à fin mars ne représentent certes de 3,2% du nombre de billets existants, mais tout de même 27,7% de la valeur totale desdits billets. Seul le billet de 50 € fait mieux : il représente 44,9% des billets en circulation en Europe et 39% de leur valeur.

Plus facile à transporter que de l’or !

Pourquoi donc la BCE veut-elle voir mourir ou du moins décroître le billet de 500 euros. La raison invoquée est la lutte contre le crime organisé et le blanchiment d’argent. Le billet de 500 € est en effet un moyen pratique de transférer de la valeur sans laisser de trace. Europol avait publié en 2015 un calcul assez parlant : un million d’euros en coupures de 500 € ne pèse que 2,2 kilos et occupe un volume limité à 3 litres. Par comparaison, un million d’euros en billets de 50 € pèsera plus de 22 kilos. Et il faudrait près de 28 lingots d’or d’un kilo pour stocker cette même somme en métal précieux, qui plus est moins facile à convertir en menue monnaie.

Mais la décision de la BCE a peut-être d’autres motivations. Selon les mots de Salman Ahmed, stratégiste d’investissement de Lombard Odier Investment Managers, la BCE fait une véritable « déclaration de guerre à l’argent liquide ». Autrement dit, la disparition programmée du billet de 500 € n’est peut-être que le début d’un processus destiné à nous amener à une société où les espèces disparaitront tout bonnement. Si on se projette jusque là, la traçabilité des flux financiers (donc à nouveau la lutte contre le blanchiment) reste une raison valable mais elle n’est pas la seule, surtout à l’heure des taux d’intérêt négatifs.

Les objectifs cachés de la BCE

Lorsqu’on dépose de l’argent à la banque, on en attend souvent une rémunération (on se souvient d’une époque où certains intermédiaires proposaient des comptes courants rémunérés). or aujourd’hui, certaines banques ont commencé à « taxer » les dépôts : les particuliers ne sont pas touchés pour l’instant, mais certaines entreprises si. L’objectif des taux ultra-bas est bien évidemment d’inciter les acteurs économiques à reprendre du risque au lieu de stocker des liquidités sur leur compte bancaire. Mais si demain, l’argent déposé à la banque subit une érosion naturelle, il deviendra plus intéressant de stocker l’argent chez soit que de le laisser au banquier. On devine les conséquences désastreuses sur le financement de l’économie ! « En réduisant le nombre de billets de 500 € en circulation, la BCE tente de faire en sorte que, même avec des taux d’intérêt négatifs, conserver son argent dans un bas de laine coûte plus cher que de le déposer à la banque», résume Salman Ahmed.

Le retrait du billet de 500 € et les décisions qui peuvent suivre auront potentiellement des conséquences très importantes sur la capacité d’action des banques centrales. « Nous pensons que le retrait de ce billet envoie un signal clair que les taux d’intérêt négatifs vont continuer de baisser », conclut Salman Ahmed. Et si les taux négatifs étaient le début d’une nouvelle normalité ?

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