Les universitaires submergés par l’afflux d’étudiants

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La hausse des effectifs étudiants est difficile à gérer dans les universités, les résultats du baromètre EducPros le confirment. Face au malaise, certains s’emploient à contrer la tendance par de l’orientation active.

universiteÀ la rentrée 2016, entre 20.000 et 30.000 étudiants supplémentaires devraient franchir les portes des universités. Des chiffres martelés par Jean-Loup Salzmann, président de la CPU (Conférence des présidents d’université), qui a réitéré sa demande, au dernier colloque à Orléans, d’obtenir 1 milliard d’euros, somme nécessaire selon lui pour accueillir les 1,7 million d’étudiants.
Voilà plusieurs années que de nombreuses universités doivent faire face à une hausse des effectifs, et notre baromètre sur le moral des professionnels de l’enseignement supérieur reflète ce sujet de préoccupation : 53 % des universitaires avancent que leur établissement se trouve dans cette situation et que cela a été difficile à gérer. Un taux qui grimpe à près de 60 % chez les enseignants-chercheurs, premiers concernés par les amphis bondés.

« Maltraitance institutionnelle » :

« Il faut qu’on arrête de laisser les personnels se débrouiller tout seuls avec les hausses d’effectifs ! », tonne Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup (Syndicat national de l’enseignement supérieur), qui va jusqu’à parler de « maltraitance institutionnelle ».
« Nous n’avons pas assez de temps à consacrer à chaque étudiant, aux niveaux administratif et pédagogique, poursuit-il. Nous avons le sentiment de ne pas pouvoir faire le travail avec le niveau d’exigence que l’on souhaiterait, d’où de lafrustration et de la souffrance. »
« Le nombre des étudiants en L1 excède les capacités de notre établissement, témoigne un répondant à notre enquête, enseignant-chercheur à l’université en arts, lettres, langues. Les finances en baisse interdisent de dédoubler les cours. En amont, le système APB a gravement dysfonctionné en 2015-2016, si bien qu’un nombre important de jeunes gens se sont retrouvés dans des cursus qu’ils ne voulaient pas. Dans ces conditions, il est très difficile de dispenser ses cours dans des amphis surchargés et démotivés. »
Il est très difficile de dispenser ses cours dans des amphis surchargés et démotivés.

« Bricolage » en Staps :

La filière Staps fait partie des filières les plus touchées par les hausses d’effectifs. Directeur de l’UFR à l’université de Montpellier et président de la Conférence des directeurs et doyens d’UFR Staps, Didier Delignières le confirme : même si les chiffres définitifs ne seront connus qu’à la rentrée, il estime qu’au niveau nationalenviron 26.000 étudiants auront placé une L1 de Staps en premier vœu. « Étant donné les capacités d’accueil limitées, j’ai peur que 4.000 restent sur le chemin », confie-t-il.
Pour autant, pragmatique avant tout, il refuse de tomber dans la déprime. Au-delà des chiffres, le directeur explique comment, dans son UFR, il s’emploie, avec quelques enseignants investis, à étudier les 1.100 demandes pour « avancer pas à pas et essayer de satisfaire à peu près tout le monde. Nous les recevons tous, individuellement ou en groupe, et nous nous attachons à gérer à la main les cas particuliers, en sortant du rigorisme d’APB. Sinon, cela devient inhumain », lâche Didier Delignières.
Concrètement, il s’agit pour l’équipe pédagogique de faire de l’orientation active, en évaluant la motivation et les compétences des étudiants primo-entrants, des redoublants ainsi que de ceux qui se réorientent. Certains sont acceptés dans d’autres disciplines.

Des capacités d’accueil négociées :

À défaut d’attendre des moyens qui n’existent pas, Didier Delignières se satisfait d’avoir pu dialoguer avec le rectorat dès novembre 2015. « Cela fait six mois que nous savons sur quelles bases nous allons fonctionner pour la rentrée, en gonflant les groupes d’étudiants. » Et de se réjouir d’avoir « le confort de prévoir » ! C’est du bricolage, reconnaît-il, mais c’est utile. C’est grâce à ce pis-aller que nous pouvons fonctionner. »
Selon lui, le moral des enseignants n’est pas affecté par la hausse des effectifs étudiants : « Si les recteurs accordent des capacités d’accueil négociées, comme le demande la DGESIP (Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle), et que l’on est soutenu par son université, on conserve des conditions de travail acceptables. Ce qui est insupportable, c’est de se retrouver en septembre avec des effectifs pléthoriques, et ni les salles ni les enseignants en face… » Il est aujourd’hui difficile d’évaluer la proportion d’établissements qui gèrent les flux de cette manière, à la limite de la légalité. En attendant des jours budgétaires meilleurs.

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